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Présentation du Programme des TÉÉ



Nous vous présentons dans le présent blogue un bref aperçu d’un programme fort apprécié du Centre ontarien de prévention des agressions (COPA). Ce programme est également l’un des principaux piliers de notre organisme. Le COPA est le coordonnateur provincial du réseau francophone des travailleuses et travailleurs d’établissement dans les écoles de l’Ontario (TÉÉ). En cette qualité, le COPA appuie et accompagne les différentes équipes de TÉÉ présentes dans 10 régions et fournit de l’information et des formations en vue de soutenir les services offerts par les TÉÉ dans les écoles de langue française désignées. Au cours des 11 dernières années, grâce au financement d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le COPA a conçu et mis en œuvre un modèle gagnant pour faciliter l’intégration des familles francophones nouvellement arrivées dans les communautés de langue française de la province.


Alors que j’étais en train d’écrire le blogue sur ce Programme essentiel, j’ai pensé à interviewer Zoé, la directrice du Programme des TÉÉ, et Céline, qui travaille avec Zoé depuis un an et demi. Lorsque je leur ai demandé ce qu’elles aimaient le plus de leur travail, elles ont toutes les deux répondu avec empressement que c’était l’expérience très enrichissante qu’elles en retiraient qui les motivait le plus. Et ce qui les passionne par-dessus tout, c’est leurs échanges avec les TÉÉ (travailleuses et travailleurs d’établissement dans les écoles) qui sont toutes des personnes qui, à un moment ou un autre, ont elles-mêmes été immigrantes au Canada. Chaque TÉÉ apporte avec elle ou avec lui son histoire, parle des obstacles qu’elle ou il a dû surmonter pour pouvoir s’implanter avec succès dans sa communauté canadienne, et de sa détermination à appuyer les autres dans leur parcours d’établissement. La diversité derrière leurs expériences et leur façon de voir les choses est incroyable, ajoutent Zoé et Céline. Elles parlent avec grand enthousiasme de la richesse de leur collaboration avec les TÉÉ, du foisonnement d’idées, de la passion de ces personnes envers l’apprentissage, de leur curiosité et de leur soif d’apprendre. J’en parlerai plus longuement plus tard.


L’immigration est cruciale à la vitalité des communautés francophones du Canada à l’extérieur du Québec. Chaque province établit donc ses propres objectifs ambitieux pour attirer les familles francophones nouvellement arrivées. Le gouvernement fédéral, quant à lui, s’est donné comme objectif pour 2023 de faire en sorte que 4,4 % des immigrantes et immigrants au Canada qui s’installent à l’extérieur du Québec soient d’expression française. Or, attirer une population immigrante francophone n’est qu’un des éléments de l’équation. En effet, il est important d’assurer l’intégration de ces personnes nouvellement arrivées dans des communautés de langue française hors Québec, et cela peut se révéler très difficile. Les défis sont nombreux, notamment trouver un emploi dans des communautés majoritairement anglophones ainsi que les services et les ressources en français dont ces personnes ont besoin. On considère que cette population appartient à une double minorité : immigrante et francophone. Au-delà de la langue, les différences culturelles peuvent aussi nuire à leur intégration dans leur nouvelle communauté, ce qui accentue leur sentiment d’isolement.



Le COPA a d’abord conçu son programme à Toronto en 2010 en réponse aux lacunes qu’il percevait dans les services offerts pour répondre aux besoins réels et distincts des familles nouvellement arrivées en Ontario, plus particulièrement pour les aider à surmonter les difficultés qu’elles éprouvaient en naviguant dans le système scolaire. La reproduction du programme SWIS très prisé - programme des travailleuses et travailleurs d’établissement dans les écoles des provinces anglophones du Canada – n’a pas donné les résultats escomptés parce que la population immigrante d’expression française était plus vulnérable et plus marginalisée et avait accès à moins de services et de ressources en français. C’est ainsi que le Programme des TÉÉ a été créé par des francophones pour des francophones. Il connaît un tel succès qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté le désigne comme un modèle à suivre pour les autres communautés canadiennes qui accueillent une population immigrante francophone.


Le COPA entend faire de ce programme beaucoup plus qu’un modèle à suivre. Nous avons l’intention d’utiliser notre expérience dans la création de ce modèle de réussite en Ontario pour aider des organismes d’autres provinces à concevoir et mettre en œuvre leur propre programme. En misant sur les services de consultation, de formation et de mentorat, l’équipe du COPA est d’avis que le succès de ce modèle d’intégration des populations immigrantes d’expression française peut être adapté et reproduit de façon efficace partout au Canada.



Le COPA a déjà entamé ce travail dans certaines provinces, et de nombreux autres organismes veulent en savoir davantage sur le Programme. En outre, les travailleuses et travailleurs SWIS de partout au Canada disent vouloir intégrer les principaux éléments de l’approche du COPA dans leur propre programme.


C’est justement cette approche efficace et unique en son genre qui est la clé de la réussite du Programme des TÉÉ. Comme pour tous les programmes et services du COPA, le Programme des TÉÉ est fondé sur les principes de la justice sociale et les stratégies de lutte contre l’oppression. L’approche du COPA repose sur la conviction profonde que tous les enfants, les jeunes et les adultes ont le droit de s’épanouir et de réaliser leur plein potentiel, et qu’il en revient à nous toutes et nous tous d’établir des milieux scolaires sécuritaires. Tout le travail du COPA repose sur cette conviction.



Bien que les TÉÉ soient embauchés par les conseils scolaires et les organismes communautaires des régions où le Programme est offert, le COPA gère la structure et le contenu du Programme et offre les formations.


Céline explique que les formations des TÉÉ commencent en explorant les causes fondamentales de l’oppression : pourquoi certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres? Comment remédier aux causes principales des vulnérabilités des personnes nouvellement arrivées? Nous savons que ces dernières auront des difficultés, que l’oppression existe et que les élèves en seront victimes à l’école. Nous reconnaissons aussi la vulnérabilité des parents dépouillés de leur ancienne identité et angoissés à l’idée d’avoir à s’intégrer dans une nouvelle communauté où il arrive qu’elles et ils subissent rejet, résistance et racisme, sans oublier que dans bien des cas ces personnes n’ont ni argent, ni travail ni endroit où vivre.


Les TÉÉ abordent donc leur travail en ayant une connaissance profonde de ces vulnérabilités et de leurs principales causes. Leur devoir n’est pas de dicter aux personnes nouvellement arrivées quoi faire ou où aller pour obtenir les services dont elles ont besoin, mais de veiller à ce qu’elles obtiennent ce dont elles ont besoin pour assurer leur autonomie. En donnant aux gens des outils réels et efficaces, nous les aidons à renforcer leur propre capacité, et en les aidant à développer leur capacité et leur force, nous soutenons leur autonomie. Selon cette vision, un des concepts qui tient à cœur au COPA est le suivant : les gens ont besoin D’OUTILS ET NON DE RÈGLES.


L’école est d’une importance capitale pour les familles nouvellement arrivées dans nos communautés. Le Programme des TÉÉ qui y est offert fonctionne comme un modèle communautaire et soutient l’intégration des élèves et l’adaptation de leur famille à leur nouveau mode de vie en les accompagnant au fur et à mesure qu’elles et ils apprennent à s’intégrer dans leur communauté scolaire.


Zoé Somé


Comme le mentionne Zoé, une grande partie de la réussite de l’intégration vient des efforts de sensibilisation menés auprès de la communauté qui accueille les personnes immigrantes. En tant qu’immigrante elle-même arrivée seule au Québec par un hiver froid et enneigé, elle connaît très bien les besoins en matière de sensibilisation. Elle a rencontré des gens dans sa communauté d’accueil qui n’avaient jamais vu une femme noire africaine avant, et elle dit avoir subi de la discrimination de façon régulière.


Une façon d’encourager les communautés d’accueil est par l’entremise de l’initiative ANNA (Accueil des nouvelles arrivantes et des nouveaux arrivants). Dans les écoles où ANNA est offerte, les TÉÉ déterminent quels élèves (filles et garçons) sont au Canada depuis au moins deux ans et les invitent à devenir des mentors et des allié.e.s pour les élèves nouvellement arrivés. Le COPA offre à ces élèves-leaders une formation exhaustive de deux jours, une fois par année. Tout au long de l’année scolaire, elles et ils organisent des activités pour faciliter l’intégration des élèves nouvellement arrivés. Tous les élèves, qu’elles et ils soient immigrant.e.s ou non, sont les bienvenus dans ces activités. Les activités proposées sont très intéressantes et éveillent la curiosité de plusieurs élèves de l’école qui viennent voir ce qui se passe. Elles et ils en apprennent donc ainsi un peu plus sur les défis et les enjeux des élèves nouvellement arrivés. C’est ainsi que le cercle des allié.e.s s’agrandit et que la communauté scolaire devient plus accueillante. Ce qui en retour bien sûr, facilite l’intégration des personnes nouvellement arrivées dans leur communauté.



Le COPA offre également des formations à ces élèves allié.e.s sur divers thèmes comme, entre autres, l’intimidation, la cyberintimidation, le racisme, le consentement, l’inclusion et l’équité. Les élèves ainsi outillés peuvent contribuer à faire du milieu scolaire un endroit plus sécuritaire et plus accueillant pour tout le monde. Des séances de renforcement des capacités sont également offertes aux TÉÉ sur une base continue. Ces formations professionnelles contribuent à élargir et mettre à jour leurs compétences professionnelles.


Au cœur du Programme des TÉÉ se trouve la riche expérience de collaboration intégrée à sa structure. Les TÉÉ rencontrent régulièrement Zoé pour discuter d’obstacles et de réussites, pour échanger des idées, faire un remue-méninges et parler de stratégies, d’outils et de ressources pratiques. Chaque région a ses propres défis et besoins. C’est pourquoi on a mis sur pied un comité provincial, mais aussi des comités régionaux (il y en a 10 en Ontario). Zoé se comporte comme une abeille pollinisatrice, transportant des idées et des solutions d’un groupe à l’autre.

Zoé a été nommée directrice du Programme des TÉÉ en 2018. De 2009 à 2018, elle a siégé au conseil d’administration du COPA. Elle a donc appris à connaître l’organisme sous différentes facettes. Les valeurs et la mission du COPA sont les raisons qui l’ont attirée vers l’organisme, mais c’est surtout l’approche envers les personnes nouvellement arrivées qui l’a convaincue du bien-fondé du COPA. Elle comprend les défis de l’immigrante ou l’immigrant francophone au Canada. Le chemin n’a pas été facile pour elle lorsqu’elle est arrivée ici pour étudier. Elle a dû faire de gros efforts pour naviguer à travers la vie quotidienne et pour trouver de l’information, des ressources et des gens pour l’aider. Elle constate à quel point il lui aurait été utile d’avoir accès à un programme comme celui des TÉÉ. Sa collaboration avec les TÉÉ la passionne et elle tient à ce que l’expérience d’immigration des autres soit plus facile et plus agréable que la sienne.



C’est là la grande force du Programme des TÉÉ – la collaboration entre les gens et la passion pour leur travail. Zoé parle de façon inspirante de son travail avec ce groupe de gens extraordinaires. Elle aime la diversité d’opinions et d’expériences au sein des groupes qui favorisent la créativité et l’innovation. Elle reprend le proverbe africain qui dit qu’il faut un village pour élever un enfant, et que plus les gens réfléchissent ensemble à la façon d’y arriver, meilleure est leur chance de réussir.


Selon Zoé, notre société serait tellement plus productive si les gens étaient plus ouverts à la diversité et faisaient preuve de curiosité dans leurs échanges avec les autres. Cette ouverture d’esprit est ce qui caractérise le Programme, et c’est ce que le COPA espère pouvoir transmettre aux autres organismes du Canada qui travaillent avec les personnes nouvellement arrivées.

Céline décrit le même environnement formateur que Zoé. Encore une fois, c’est l’ouverture devant l’apprentissage et la discussion et la curiosité et le désir d’apprendre qui l’inspire dans son travail avec les TÉÉ. Elles et ils ont toutes et tous des histoires personnelles enrichissantes, mais aussi des blessures. C’est un honneur d’entendre leurs histoires et une véritable leçon d’humilité de constater leur degré de dévouement à aider les autres à passer à travers le processus d’immigration en n’hésitant pas parfois à avoir recours à leurs propres expériences douloureuses pour arriver à mieux les comprendre.


Céline Duguay


Elle ajoute que c’est la même chose avec les jeunes. Dans les formations offertes aux jeunes allié.e.s, on discute des sujets comme le racisme, le sexisme et la colonisation. Les jeunes sont fascinés et veulent tout savoir. Les histoires de colonisation au Canada les intriguent au plus haut point, et cela les aide à comprendre qu’elles et ils ne sont pas seules ou seuls à avoir été dépouillés de leur identité. Avec l’aide des TÉÉ et de l’équipe du COPA, les jeunes explorent comment s’épanouir et s’intégrer dans la société, tout en maintenant leur propre identité.

Au COPA, nous avons appris beaucoup de choses au fil des ans en travaillant avec les TÉÉ et en soutenant les efforts qu’elles et ils déploient auprès des familles nouvellement arrivées. Nous continuons à en apprendre dans ce milieu enrichissant et créatif. Ce faisant, notre passion et notre engagement envers nos valeurs ne font que décupler. Cette année, le COPA a commencé à travailler avec des organismes francophones d’autres provinces pour les soutenir alors qu’ils réfléchissent à de nouvelles façons de travailler avec les élèves nouvellement arrivés dans leurs écoles. Des organismes SWIS nous demandent également de leur faire part de nos idées, de nos programmes et de notre façon de travailler.


Comme je l’ai mentionné plus tôt, notre objectif cette année est d’élargir nos services de consultation et de formations et d’assurer un soutien continu par l’entremise de services de mentorat afin de soutenir les efforts d’autres organismes qui mettent en œuvre ce type de contenu et de structure dans des écoles d’un bout à l’autre du pays.


Nous vous invitons à visiter notre site Web COPA national pour en savoir plus ou à communiquer avec nous à info@infocopa.com pour entamer une conversation à ce sujet.