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QU’ATTENDONS-NOUS POUR AGIR?

Il est temps de s’engager envers un processus de réconciliation. En établissant une relation nouvelle et respectueuse, nous rétablissons ce qui doit être rétabli, nous réparons ce qui doit être réparé et nous remettons ce qui doit être remis.

(Extrait du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada)


Lucas, l’un des 7 enfants de Joyce Echaquan


Qu’attendons-nous pour agir? C’est la question à laquelle nous a confrontés Carol Dubé lors de son témoignage déchirant devant les médias après le décès de sa compagne Joyce Echaquan dans un hôpital du Québec la semaine dernière. Avant de mourir, Joyce a été victime d’agressions verbales, de propos racistes et de cruauté abjecte de la part du personnel soignant.

Joyce, une mère de sept enfants, et membre de la nation Atikamekw, est morte une journée avant le premier anniversaire du dépôt du rapport de la Commission Viens qui fait état des souffrances, des problèmes et des dommages causés par le racisme systémique sur les peuples autochtones du Québec, un an après la fin de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et cinq ans après la fin de l’enquête de la Commission de vérité et réconciliation du Canada sur le système des pensionnats. Toutes ces enquêtes publiques exhaustives nous chargent en tant qu’individus, ainsi que les gouvernements qui nous représentent, de lutter contre le racisme systémique envers les Autochtones du Canada.

QU’ATTENDONS-NOUS POUR AGIR???

Il y a, bien sûr, les nombreuses déclarations politiques usuelles qui sont, en somme, insuffisantes sur l’expérience tragique et déshumanisante de Joyce Echaquan. On accuse, on licencie, on lance des enquêtes et les chefs de l’opposition critiquent l’incompétence des élus au pouvoir et jurent avoir les connaissances, les compétences et la volonté de faire mieux qu’eux.

C’est la rhétorique habituelle du blâme qui démontre, encore une fois et de manière indéniable, notre inaction et notre échec à faire face collectivement au racisme systémique contre les peuples des Premières Nations, métis et inuits.

Le problème est que nous SAVONS déjà ce qu’il faut faire, nous savons qu’il faut investir temps et efforts pour réformer nos institutions publiques et transformer leur structure, leurs objectifs et leurs priorités.

Il y a du racisme au Québec et jusqu'à ce que nous puissions mettre de côté les petits arguments sur la sémantique sur la question de savoir si elle est systémique ou non, jusqu'à ce que les dirigeants politiques puissent mettre de côté leur orgueil et tendre la main à l’autre au lieu d’attendre une invitation, jusqu'à ce que les dirigeants aient le courage pour se montrer d'empathie sans anticipation de gratitude, le Québec sera divisé et n’atteindra pas tout son potentiel. (Communiqué de presse, Grand Chef Abel Bosum, Grand Conseil des Cris et Gouvernement de la Nation Crie)

Malgré les arguments des deux côtés, nous avons amplement la preuve que le racisme systémique et enraciné continue de dicter nos priorités sociales – au Québec et dans le reste du Canada. Nous le savons parce que de nombreuses enquêtes ont non seulement dévoilé et prouvé que le racisme systémique existe, mais énoncent clairement les mesures à prendre pour régler ce problème.

« Pour moi, quand on parle de racisme systémique, c’est en relation avec les Noirs aux États-Unis, pour les raisons que nous connaissons, a-t-il affirmé en anglais. Je ne vois pas ça au Québec. Mais, bien sûr, il y a du racisme à l’endroit des Premières Nations au Québec et je veux le combattre », propos du Premier ministre François Legault, le vendredi 2 octobre 2020.

Comme le déclare Lorraine Whitmen, présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, dans un énoncé envoyé à CTV News :

Ce n’est que lorsque les gouvernements reconnaîtront le tort fait aux personnes autochtones, prendront des mesures pour y remédier et offriront les réparations qui s’imposent que nous pourrons prévenir les incidents répugnants comme celui qu’a dû endurer Joyce Echaquan avant de mourir. (En anglais, traduction libre).

Carol Dubé


ET QU’ATTENDONS-NOUS POUR AGIR?


Mais au-delà des politiques, il y a des gens. Ce qu’il faut corriger le plus rapidement possible, c’est le regard que portent les personnes non autochtones sur les Autochtones. Nous devons changer les mentalités qui font qu’une personne en perçoit une autre comme étant inférieure, moins humaine. C’est cette image de « l’autre » qui a permis au personnel soignant d’agir ainsi, de n’avoir aucune compassion envers un autre être humain qu’il s’était pourtant engagé, comme guérisseur, à aider et à soigner. C’est ce qui permet au personnel soignant de supposer qu’une personne en détresse physique et mentale est nécessairement intoxiquée, ou que les souffrances d’une personne découlent des mauvais choix qu’elle a faits et qu’elle mérite donc moins de soins. Il ne s’agit pas d’un cas isolé, bien au contraire, sa prévalence est bien documentée, prouvée, manifeste et incontestable.

Les établissements chargés de prendre soin des gens, de les protéger et de les soigner reflètent les mentalités des personnes qui s’y trouvent, et les gens qui y travaillent reflètent les priorités de notre culture, de notre économie et de tous les aspects de nos vies quotidiennes.

Le personnel de l'hôpital ne la considérait pas comme un être humain, mais comme quelque chose dont ils pouvaient abuser en toute impunité. Un tel comportement ne peut se produire que dans un environnement qui le tolère. Communiqué de presse, Grand Chef Abel Bosum, Grand Conseil des Cris et Gouvernement de la Nation Crie).

La lutte contre cette façon de percevoir les autres est tout aussi importante que la volonté politique requise pour reformer nos établissements. Autrement, les établissements qui nous procurent soins et services, c’est-à-dire les gouvernements, les écoles, les hôpitaux, etc. continueront de refléter notre perception déformée de nous-mêmes et des autres, ainsi que nos valeurs déformées. Ils reflètent nos priorités et nos valeurs.

La rhétorique qui alimente ces points de vue est omniprésente dans les nouvelles et elle est exacerbée par la pandémie. C’est l’utilisation du mot déplorable pour parler de l’autre, c’est l’idée que l’on se fait d’une personne autochtone qui se présente à l’urgence, et c’est le refus persistant des élus de dénoncer les suprémacistes blancs ou de reconnaître l’existence du racisme systémique.

Elle se manifeste dans la négligence, l’agression et la discrimination subies par Joyce Echaquan dans ses derniers moments, tout comme dans la mort de George Floyd aux mains de policiers haineux ou dans le viol collectif des femmes en Inde qui sont considérées comme étant de caste inférieure.

Que faut-il faire pour changer les cœurs et les mentalités?

Que faut-il faire pour créer la volonté politique nécessaire pour que l’on réforme nos établissements?

Que faut-il faire pour abandonner l’illusion que nous sommes fondamentalement différents des autres ou supérieurs aux autres, une illusion qu’apparemment bon nombre d’entre nous entretenons?

Au-delà des trois enquêtes lancées sur le traitement et la mort de Joyce, au-delà de l’indignation dans les médias et au-delà de l’horreur individuelle qui sera si vite oubliée par bon nombre d’entre nous, mais pas aussi rapidement par la communauté Atikamekw de Manawan et les sept enfants de Joyce:

Que pouvons-nous faire?

Et qu’attendons-nous pour agir?

En premier lieu, nous devons reconnaître l’existence du racisme SYSTÉMIQUE palpable et profondément enraciné et demander des comptes au système qui le perpétue.

Vous avez encore des doutes? Voici quelques données probantes :

  1. Conclusions de la Commission de vérité et réconciliation du Canada

  2. Rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec

  3. Rapport final de L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

En deuxième lieu, nous devons comprendre que nous sommes toutes et tous visés par ces textes, et que nous faisons toutes et tous partie du problème et de la solution. Prenons-le PERSONNELLEMENT et POSONS un geste.

« Il ne suffit plus de demander un changement. Nous devons être le changement. » (En anglais, traduction libre) VernaPolson, grande cheffe du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg et porte-parole du Conseil des femmes élues de l’APNQL.

Extrait du sommaire du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada :

Le manque de connaissances historiques a d’importantes répercussions pour les Premières Nations, les Métis et les Inuits, ainsi que pour l’ensemble du Canada. Ainsi, dans les cercles gouvernementaux, cela donne lieu à de mauvaises décisions en matière de politiques publiques. Dans le domaine public, ce manque de connaissances a également pour effet de renforcer les attitudes racistes et d’alimenter la méfiance du public à l’égard des membres des Premières Nations. Un trop grand nombre de Canadiens ne connaissent toujours pas le contexte historique entourant les importantes contributions des Autochtones au Canada ou ne comprennent pas qu’en vertu des traités historiques et modernes négociés par notre gouvernement, nous sommes tous visés par les traités. L’histoire joue également un rôle important dans la réconciliation et pour pouvoir préparer l’avenir, les Canadiens doivent examiner le passé et en tirer des leçons.
  1. Renseignez-vous sur les traités autochtones.

  2. Lisez les suggestions convaincantes du Plan d’action de l’Association des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).

Nous devons apprendre à nous préoccuper des gens et de leurs expériences et contextes uniques. Comment y arriver?

Prenez le temps d’écouter les Autochtones et de lire leurs histoires afin de mieux comprendre ce que d’autres personnes vivent et pourquoi. Nous avons tous des histoires à raconter et, pour évoluer vers une plus grande tolérance et une meilleure compréhension, nous devons écouter les histoires des autres. Révérend Stan McKay, sommaire du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

  1. Le rapport contient plusieurs témoignages sur l’expérience vécue de personnes des Premières Nations, métisses et inuites.

  2. Voici d’autres témoignages de gens qui ont collaboré avec le COPA au fil des ans pour nous aider à concevoir des ressources et des outils pour les communautés, les familles et les écoles des Premières Nations, métisses et inuites.


3. Le rapport de la Commission Viens regorge aussi de témoignages – bon nombre d’entre eux sont déchirants. Les membres de la Commission Viens ont passé une semaine entière à Manawan, Québec, pour écouter les histoires d’intolérance associée à l’expérience des membres de la Nation Atikamekw à l’hôpital de Joliette où Joyce Echaquan est morte de façon si bouleversante. Les constats de la Commission sont très clairs; les préjudices envers les Autochtones sont répandus dans le système de santé et entre le personnel soignant et les patientes et patients.

Dès son admission à l’hôpital de Joliette, Québec, Joyce Echaquan a commencé à filmer ses échanges avec le personnel. Sa famille et ses amies et amis disent que c’était un réflexe naturel parce que les Autochtones redoutent depuis longtemps le traitement qu’on leur réserve dans cet hôpital qui se trouve 70 km au nord de Montréal. (CBC news, en anglais, traduction libre.)

En réponse à l’expérience vécue par Joyce Echaquan et de sa mort,

Daniel Castonguay, président-directeur général du CISSS de Lanaudière, s’est dit « choqué et déçu » d’entendre dans la vidéo les propos des membres du personnel soignant. Malgré tout, il nie qu’il existe de la discrimination systémique à l’hôpital de Joliette contre les patientes et patients de la Nation Atikamekw. Il poursuit en déclarant : « Nous recevons des plaintes de personnes de toutes origines et ces plaintes sont prises très au sérieux. Mais, de dire que tous les résidentes et résidents de Manawan sont systématiquement traités de cette façon? Non, ce n’est pas vrai. » (En anglais, traduction libre).

4. Nous vous invitons à lire des romans écrits par des Autochtones. Voici une liste de 10 livres extraordinaires proposés par Radio Canada. Ce ne sont pas toutes des œuvres de fiction, mais même si c’était le cas, il ne faut pas oublier que la fiction peut accroître la complexité de notre pensée, et par conséquent, notre compréhension des expériences vécues par d’autres


Joyce Echaquan

Il est important d’aider nos enfants à développer leur compassion et leur bienveillance innées, à la maison comme à l’école.

À la maison :

Nos enfants sont, tout simplement, la clé de notre avenir. Elles et ils iront plus loin que nous pour créer un monde où règnent la sécurité, la force et la liberté. La vision d’un monde dans lequel les enfants, les jeunes et toutes les personnes s’épanouissent et réalisent leur plein potentiel fait partie des valeurs fondamentales du COPA. Nous avons conçu de nombreux outils pour soutenir le développement de la sensibilisation aux droits et besoins des autres chez les enfants. En voici quelques-uns :

  1. Lire avec nos enfants (court métrage animé) pour améliorer leur compréhension et stimuler leur capacité naturelle et innée d’accepter les autres et de se soucier des autres.

  2. Nos merveilleux contes mettent l’accent sur la gentillesse, la bienveillance et la compassion. Ils sont disponibles en français, en anglais et en sept langues autochtones.

  3. En cercle, ensemble est un projet conçu et mis en œuvre à grande échelle par le COPA à la suite d’une collaboration de trois ans avec des chefs, des familles et des communautés des Premières Nations, métis et inuits. Parmi les sujets de discussion, on retrouve : la fierté culturelle, aider nos enfants à réussir, comprendre l’intimidation et la discrimination, s’engager dans la vie scolaire de nos enfants et établir des milieux scolaires et communautaires sains et sécuritaires. Notre atelier et notre boîte à outils regorgent de ressources et d’outils multimédias en français, en anglais et en sept langues autochtones.

À l’école :

En cercle, en classe est un atelier et une boîte à outils pour aider le personnel enseignant à établir et à maintenir des milieux scolaires où règnent la sécurité, la force et la liberté pour et avec les élèves, les familles et les communautés des Premières Nations, métis et inuits. Le COPA s’est engagé à soutenir l’effort collectif déployé dans l’intérêt de la vérité et de la réconciliation. Pour ce faire, le COPA a conçu des ressources pour accroitre la sensibilisation du personnel enseignant et la confiance à l’égard des méthodes d’enseignement. Le but est de favoriser l’épanouissement des élèves des Premières Nations, métis et inuits et d’apprendre à intégrer les histoires, les langues, les cultures et les points de vue des communautés autochtones dans tous les aspects de la vie scolaire et communautaire. L’information, les outils et les ressources proposés dans l’atelier et la boîte à outils renforcent la capacité individuelle à favoriser un changement systémique.